Brest, voyage entre ciel et terre

Pour la première fois depuis la création de letramdetours.net, nous allons nous éloigner de la Touraine le temps d’un article pour prendre la direction de… Brest ! Mais pourquoi au juste ?

Habituellement discrète, la ville de Brest a été largement présente dans la presse ces dernières semaines. Pour connaître les raisons de cet engouement, il faut se rendre sur les rives du fleuve côtier qui traverse le centre-ville : la Penfeld.

C’est ici que le 19 novembre dernier, les élus locaux accompagnés par Ségolène Royale (ministre de l’Environnement) déclaraient ouvert le « premier téléphérique urbain de France« . Malgré les nombreux incidents qui entachèrent les premières semaines d’exploitation (manifestation, coupures de courant, problèmes techniques…), c’est bel et bien une nouvelle étape marquante de l’histoire des transports en commun qui venait d’être franchie.

Depuis le début des années 2000, les liaisons par câble connaissent un succès grandissant outre-Atlantique. La Paz, Rio de Janeiro, Caracas, New York… Toutes ces villes ont déjà adopté ce mode innovant qui était jusqu’à présent réservé aux stations de sports d’hiver.

Bientôt 5 mois après son inauguration, la nouvelle spécificité locale à 19 millions d’euros suscite toujours l’intérêt. Avec 77 000 voyages réalisés en janvier, son succès ne se dément pas ! Le jour de la Saint-Valentin, la « ligne C » tutoie le ciel des records avec plus de 6000 passagers transportés ce jour-là, un pur hasard ?

 

Le téléphérique est plus qu’un simple moyen de transport, il est l’occasion de découvrir la ville et sa rade sous un angle totalement nouveau à 72 mètres du sol. Les 2 cabines, d’une capacité de 60 personnes chacune (dont 18 assises), ont été construites par le constructeur suisse Gangloff. Elles ont été spécialement conçues pour que le voyage soit inoubliable grâce à ses parois intégralement vitrées et son hublot percé dans le plancher. Autre particularité, les cabines ne se croisent pas de manière horizontale au moment de traverser l’unique pylône : elles se superposent !

La station « Ateliers » est implantée au coeur d’un bâtiment qui s’inscrit dans un projet urbain ambitieux. Son objectif est de transformer le plateau des Capucins, devenu une friche avec le départ des ateliers de mécanique de l’Arsenal en 2004, en un écoquartier qui n’oublie rien de son passé. Le bâtit industriel a été réhabilité pour être transformé en un lieu de vie où la culture a toute son importance. Une médiathèque y a ouvert ses portes en janvier dernier. Peu à peu, les constructions sortent de terre et les premiers habitants devraient arriver dès le second semestre de cette année. La dernière phase des travaux sera achevée en 2025.

 

Sur l’autre rive, côté centre-ville, la station-belvédère « Jean Moulin » est tout aussi impressionnante. Elle est supportée par une unique poutre métallique longue de 30 mètres.

Son implantation a été soigneusement étudiée. En étant située à seulement 100 mètres de la station de tramway la plus proche, elle offre à ses usagers une excellente intermodalité. D’autant plus que le réseau Bibus, exploité par Kéolis, possède une grille tarifaire harmonieuse. Il ne coûte pas plus cher de prendre le téléphérique que le bus et cela avec le même titre de transport.

Les Brestois ont accès à une offre particulièrement complète qui permet de passer d’un mode à un autre facilement. Le tram en est l’axe structurant. Il aurait pu voir le jour dès le début des années 1990 si les habitants n’avaient pas voté à 80% contre lors d’un référendum municipal.

Il faudra finalement attendre 2009, soit 1 an avant Tours, pour que le lancement officiel des travaux ait lieu. Son inauguration festive interviendra le 23 juin 2012. Cette première ligne a reçu un traitement artistique à l’image du travail de Daniel Buren : 11 oeuvres d’art ont été disposées à ses abords.

Long de 15 kilomètres, elle irrigue une majeure partie de la métropole tout en ayant la particularité d’avoir un tracé en Y. A l’est de la ville, on trouve en effet 2 terminus distincts : porte de Guipavas et porte de Gouesnou. Les rames sont cadencées de manière à desservir une fois sur deux l’une de ces branches.

 

A l’ouest, une seule station fait office de terminus. Elle se situe à proximité du centre de maintenance où sont également entreposés quelques bus.

 

Tout comme à Tours, la ligne B est un sujet d’actualité. Une zone de croisement est déjà en place au pied de l’hôtel de ville, mais elle ne devrait pas voir le jour avant 2025. Un consensus existe déjà autour de son tracé. Elle devrait relier la gare à l’hôpital de la Cavale-Blanche.

Avec le téléphérique et le tramway, les autobus sont le 3e moyen incontournable pour se déplacer à Brest. En standard ou en articulé, un parc homogène de véhicules Mercedes et Man sillonne sur 19 lignes régulières les rues d’une ville entièrement reconstruite et pensée pour la voiture.

 

En à peine 10 ans, la stratégie de déplacements urbains de la ville de Brest a réalisé un virage à 360 degrés. A tel point qu’elle est devenue aujourd’hui un laboratoire où les plus grands réseaux français viennent y puiser leur inspiration. En banlieue parisienne, la RATP envisage d’ouvrir 2 lignes de téléphérique à l’horizon 2020-2025. Plus localement, on devrait pouvoir survoler dès l’année prochaine l’emprise ferroviaire orléanaise pour rejoindre la gare de Fleury-les-Aubrais depuis le nouveau quartier Interives.

Projet de téléphérique urbain à Orléans (document Orléans Métropole)

Les élus tourangeaux restent attentifs à la question, que ce soit pour connecter la gare de Tours à celle de Saint-Pierre-des-Corps ou pour survoler la Loire d’une manière différente. Pourquoi un tel engouement ? La loi sur la transition énergétique (2015) portée par Ségolène Royale a mis fin à un principe instauré dans les années 1940. Jusqu’à présent, le survol d’une habitation par un transport par câble entraînait systématiquement une procédure d’expropriation, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les Français vont donc devoir se familiariser avec ce nouveau mode aux multiples avantages : un aspect touristique évident, une emprise au sol moindre, un coût modéré…

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